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Lambertz, Peter, Emmanuel Makoka et Victor Yaaya (2024), Les transportants de Kisangani : baleinières, armateurs et développement réel en République démocratique du Congo, EspacesTemps.net (article en français, à paraître).

-> QUI SONT LES PROPRIÉTAIRES DES BALEINIÈRES ?

Article de trois membres de Mobeka sur les trajectoires de vie du nouveau groupe d'entrepreneurs de Kisangani, les "armateurs" de baleinières  

Résumé :

Depuis les années 1990, les baleinières en bois (balinele) se sont imposées comme alternative efficace tant aux pirogues monoxyles traditionnelles (bwátu) qu’aux pousseurs avec barges métalliques (masúwa) sur les voies fluviales de la RD Congo. Afin de comprendre le succès et l’impact des baleinières, cet article croise les trajectoires matérielles des baleinières naviguant en province de la Tshopo et les trajectoires professionnelles de leurs propriétaires. Avant de devenir armateur, ceux-ci furent majoritairement d’anciens commerçants ambulants dans l’économie populaire locale, qui acquirent ainsi de l’expérience dans la navigation fluviale.

Mots-clés : Armateurs, Parcours de vie, développement réel, Fleuve Congo, Matériaux, Mobilité

Une combinaison de données quantitatives et qualitatives révèle que le succès des transportants de Kisangani, c’est-à-dire des baleinières-armateurs en co-dépendance et en conditionnement mutuels, découle d’un jeu complexe et imbriqué de circulations de matériaux, de techniques, de personnes et de savoir-faire. En dépit de naufrages fréquents dû notamment à la négligence, l’impact des transportants est tangible, concret est considérable. Il se réalise totalement à l’insu de politiques publiques de développement et occasionne ainsi un « développement réel » du transport et de la mobilité, qui se caractérise par son impact plutôt que sa narration officielle. Ce développement se manifeste par un réseau grandissant de transport fluvial qui suit les besoins des populations locales, ainsi que par la formation graduelle d’un nouveau groupe d’entrepreneurs : les « armateurs » de baleinière.

Lambertz, Peter (2024), "Kobeta tôles : Re-Pairing Mobility on Congo's Inland Waterways", in : Charline Kopf, Aissatou Mbodj-Pouye, et Wenzel Geissler, Lotte Meinert (eds.), Réparer à travers l'Afrique (à paraître).

-> COMMENT LES CONSTRUCTEURS DE BALEINIÈRES SCELLENT-ILS LE BORDAGE DE LA COQUE ?

Sur le fleuve Congo supérieur, le calfatage est réalisé en combinant deux techniques : le coton imbibé d'huile de palme (technique de l'Océan Indien), et le goudron recouvert de feuilles dits kassa quanga combinés avec des bandes d'aluminium recyclées (d'Afrique centrale occidentale).

Mots-clés : Construction de bateaux, Calfeutrage, Technique, Re-Pairing, Fleuve Congo, Connaissance, Matériaux

Les baleinières du Congo réaffirment la valeur des voies navigables du bassin du Congo en tant qu'alternatives viables pour le transport et la mobilité à moyenne distance. En synergie avec leurs moteurs diesel chinois, elles sont nées et se sont intégrées aux infrastructures spécifiques qui ont émergé de l'expérience historique du Congo/Zaïre. Leur adaptabilité aux eaux peu profondes, aux berges sans port et au potentiel socio-technique des mondes mobiles locaux en a fait de sérieux concurrents des grands pousseurs aux barges métalliques.

Fabriquées à partir d'une combinaison de bois Tola, connu des pirogues d'Afrique centrale, et de bois plus dur, le Wenge et l'Iroko, les baleinières doivent leur succès à l'étanchéité de leur bordage à l'aide d'un composite de goudron et de sciure (mastique), de feuilles de kassa quanga et de toitures en aluminium recyclé (tôles) datant prétendument de l'époque coloniale. Cet article retrace les matériaux et les savoirs-faire dont sont faites les baleinières, moments précaires de récupération et de promesse, de retraitement et d'inspiration, permettant de mobiliser des biens et des personnes, mais aussi des temporalités, des espoirs et des visions de l’avenir.

Peter Lambertz (2023), "Les baleinières du fleuve Congo : circulations, transport fluvial et infrastructure artisanale", in : Anthropologie et Développement  54: 165-182 (article en français). 

Résumé : Malgré de nombreux naufrages, le bois baleinières (baleinières) augmentent considérablement la capacité de transport des voies navigables de la RD Congo. Née de la vaste économie populaire du pays, baleinières sont autant l'expression de l'expérience historique de la RD Congo que de son patrimoine de mobilité fluviale, avec son savoir-faire social et technique. A la recherche des causes profondes de leur succès sans précédent, cet article présente les origines de cette innovation frugale et le contexte géographique de son habitat fluvial, en particulier dans la province de la Tshopo, où l'on peut observer une grande diversité d'espèces et d'habitats. baleinières regroupent de multiples formes de circulation au niveau social, professionnel, technique et matériel. Si l'arrivée des moteurs diesel chinois dits dakadaka ou changfa depuis les années 2000 ne peut pas être sous-estimée, l'article affirme que le succès de la baleinières réside avant tout dans l'intégration habile des forces mécaniques, naturelles et musculaires : trois moments ethnographiques montrent comment la baleinière et ses moteurs, la rivière et son courant, les corps humains et leurs techniques entrent dans une convergence cinétique et deviennent un maillage momentané d'infrastructures artisanales qui se révèlent plus efficaces que les infrastructures "dures" héritées de l'ère (post-)coloniale.

Mots-clés : Baleinères, Transport fluvial, Infrastructure, Technologie, République démocratique du Congo

Résumé : Les moteurs diesel chinois localement appellés dakadaka sont comparativement bon marché et mécaniquement accessibles. Avec leurs propulseurs azimutaux dits shotteur ils ont permis aux baleinières en bois d'avoir un impact significatif sur la mobilité, le commerce et le transport par voie d'eau sur le fleuve Congo et ses affluents. Alors que les baleinières sont des embarcations artisanales fabriquées à partir de matériaux de construction locaux, leurs moteurs sont des technologies circulant à l'échelle mondiale, capables de déployer leurs capacités économiques, hydrodynamiques et sociotechniques grâce à un certain nombre d'adaptations techniques locales.

Sur la base d'un travail ethnographique de terrain dans la province de la Tshopo (RD Congo) mettant en avant l'utilisation des moteurs, l'article aborde des adaptations que les moteurs chinois et leur système de propulsion subissent pour permettre un engagement efficace de leurs forces techniques intrinsèques avec les forces musculaires, naturelles et sociales présentes dans leur habitat fluvial local. Si cet enchevêtrement de forces dépend du caractère distribué de l'entretien collectif des moteurs à bord, il encourage également l'émergence de propriétaires de baleinières (armateurs) en tant que nouveau groupe d'entrepreneurs locaux. Ceci nous aide à comprendre pourquoi, malgré les pannes fréquentes, les moteurs et les bateaux qu'ils propulsent permettent et démocratisent l'accès à de nouvelles formes de connectivité et de mobilité pour une grande partie des populations fluviales et urbaines itinérantes du Congo. Dans un contexte de précarité économique persistante, l'intervention technique consistant à "enlever la marche arrière" (Li. kolongola marche arrière) revêt donc également une signification métaphorique.

Mots-clés : Adaptations techniques, Changfa, Baleinières, Transport fluvial, Technologie, Mobilité.

Peter Lambertz (2021), "'Ville de Yalotcha'. Ship Names, Home Ports, and Bureaucratic Mimicry on Congo's Inland Waterways " (Ville de Yalotcha : noms de navires, ports d'attache et mimétisme bureaucratique sur les voies navigables du Congo). Francia. Forschungen zur Westeuropaischen Geschichte (Recherches sur l'histoire de l'Europe occidentale) 48 : 493 - 504. (article en anglais)

Résumé :

Yalotcha est un petit village situé sur le fleuve Congo, à environ 150 km en aval de Kisangani (République démocratique du Congo). L'inscription "Ville de Yalotcha" sur la proue de l'une des dernières baleinières en bois du Congo identifie le village natal de l'armateur comme le "port d'attache" du navire en l'élevant symboliquement au statut de « ville ». Tout en reprenant un modèle onomastique plus ancien d'identification navale hérité du passé colonial, cela inscrit également la baleinière et son propriétaire dans un écoumène apparemment plus global de normes internationales de transport maritime.

Résultant de décennies de crise économique et politique au Zaïre, puis en République démocratique du Congo, les baleinières en bois du Congo sont des technologies artisanales de nécessité qui sont devenues indispensables voire banales sur les voies navigables intérieures du Congo. Aujourd'hui, leur activité représente l'approvisionnement d'au moins la moitié de toutes les denrées alimentaires consommées dans les villes fluviales de la RD Congo, y compris Kinshasa, la deuxième plus grande ville d'Afrique.

Mots-clés : La bureaucratie, Nom des navires, Baleinières, fleuve Congo, créativité, mémoire 

Comme le montre cet article, les baleinières ne naviguent pas seulement sur les voies d'eau du fleuve Congo et de ses affluents. Elles flottent également sur une grille de normes de navigation et de règles bureaucratiques, y compris celles de l'identification des navires, héritées de l'époque du colonialisme belge, et qui ont donné lieu, au fil du temps, à des normes pratiques locales de dénomination. Sur la base des pratiques contemporaines de dénomination des baleinières en bois du Congo, cet article explore la manière dont les normes juridiques sont continuellement appropriées dans un processus de mimicry bureaucratique. Loin d’être un mimétisme innocent, cela permet aux propriétaires et aux membres de l'équipage des baleinières d’embrasser les règles de l'État et leurs origines coloniales de manière créative plutôt qu'avec refus, ce qui sauvegarde leur pouvoir et affirme davantage la fierté qu’ils ressentent en rapport avec le développement endogène que rendent possible leurs baleinières.